Les cinglés du Ventoux : de la genèse d’un projet à l’accomplissement d’un défi solidaire.

Une fois n’est pas coutume j’ai décidé de commencer ce texte par des remerciements :

je tiens à remercier ma petite Océane de me donner la force de réaliser des défis pour que sa cause soit entendue mais aussi il ne faut pas se le cacher pour que je puisse me faire plaisir dans ce que j’aime le mieux : le sport.

Je tiens à remercier mes deux garçons qui assurent comme des bêtes et qui ont su non seulement supporter leur papa dans ses entraînements et dans son épreuve.

Je remercie également ma petite femme, si forte et si fragile qui fait face à mes humeurs , mes doutes mais surtout qui supporte en silence l’insupportable à savoir le handicap de sa petite fille et qui a été déjà si jeune éprouvée par la perte de son papa : merci ma belle.

Enfin je remercie tous mes compagnons de route qui nous accompagnent tout au long de notre chemin semé d’embûches pour créer des places d’accueil pour nos enfants autistes devenus adultes.

Parmi ces compagnons je pense bien évidemment à tous ceux qui m’ont accompagnés sur ce défi solidaire à savoir Youssef, Ghaïs, Gabin, Dominique, et mes fidèles amis Lionel, Dominique, Fabrice, Barbara et bien sur le coach, confident, conseiller, organisateur : Jean Yves.

C’est donc ce défi que je m’en vais vous compter de sa genèse à son accomplissement.

Tout commence le 11 novembre 2021 date à laquelle je ne peux plus mettre un pied devant l’autre. Je consulte alors mon médecin du sport le célébrissime Dr Scaliet qui diagnostique une sciatique avec hernie au sacrum. Après une infiltration qui m’a laissée cloué sur place je passe aux étirements sur table et aux séances de kiné.

Au mois de janvier je suis autorisé à reprendre le vélo après la prise de 15kilo pour dépasser les 100 kilos.

Je décide alors de me fixer comme objectif de faire 250km par semaine, et j’arrive à tenir ce premier objectif.

Au mois d’avril Jean-Yves me parle du défi que s’est lancé Yohan de réaliser, le premier week-end de juin l’ascension du mythique mont Ventoux par ses trois côtés, et ce la même journée, et par la même occasion de rentrer dans le cercle très fermé des cinglés du ventoux.

Je lui dis alors : « et bien bon courage à lui car ce n’est pas moi qui le ferai ! »

Il me dit alors que Yohan nous invitait à le rejoindre dans ce défi.

Je lui réponds alors : « oh c’est ballot ! Ce week-end je suis à l’île de Ré, je dois aller chercher une personne handicapée moteur en vacances là-bas ! » Ouf ce coup-ci je m’en suis bien tiré !

Quelques semaines après il remet ça ! Il me dit : « et si on le faisait le dernier week-end de juillet ? »

Je lui réponds : »tu es vraiment un grand malade ! Souviens-toi dans quel état j’étais l’an dernier avec seulement une montée ! »

Et là il me sort l’argument qui tue : « on pourrait ouvrir une cagnotte en ligne dont les fonds récoltés pourrait être reversés pour moitié aux yeux du coeur : notre association qui vient en aide aux personnes comme ma petite Océane aveugle et autiste, et pour autre moitié à mon rêve mon espoir : association apportant une aide aux enfants atteints de cancer du CHU de St Etienne.

Cet argument fini alors de mon convaincre.

Une longue préparation s’enclenche alors avec beaucoup de kilomètres et de dénivelé pour être prêt le jour J : au total 5600km pour 11000m de D+.

Nous faisons quelques sorties avec les copains dont la dernière le week-end précédent le défi qui nous voit Fabrice et moi pleins de doutes sur notre capacité à parvenir à notre objectif. Heureusement coach jean jean est là pour nous rassurer, mais malgré tout le doute m’habite car vu mon gabarit et mon aisance dans les côtes à forts pourcentages, et qui durent, je me rends bien compte que ça ne va pas être une partie de plaisir.

Mais je ne renoncerai pas pour plusieurs raisons qui vont me suivre tout au long du parcours :

la première parce qu’un article est paru dans le journal local qui annonce notre défi et qu’un autre suivra le défi, alors je ne veux pas qu’il soit dit que j’ai renoncé.

La deuxième, parce qu’à la suite de cet article un éminent collègue m’a dit que quand il avait vu les noms des personnes qui composait l’équipe il savait tout de suite qui était le maillon faible ! Alors ça mes amis ça m’a boosté plus que de raison !

La troisième parce que mon fiston Kenzo m’a dit que si je ne devais pas y arriver c’est parce que je me focaliserais trop sur les autres personnes du groupe, souvent plus costauds et que à trop donner d’énergie pour être à la hauteur, je risquais de craquer dans la dernière montée. Il me connaît bien le bougre.

Enfin la quatrième et pas des moindres, ce défi je le fais pour ma fille, pour mon gros bébé que la vie n’a pas épargné et qui galère tant au quotidien pour se faire comprendre !!

Nous partons donc le vendredi 29 juillet pour Pernes Les Fontaines où Jean-Yves nous a réservé un merveilleux hôtel : la goutte d’eau que je conseille à tous. Les propriétaires sont super accueillant et l’endroit est charmant.

Nous ne cessons de regarder du côté du Ventoux qui nous défi du haut de ses 1910m

Après un petit restaurant nous partons nous coucher. Je suis calme et serein.

J’ai du mal à m’endormir : je suis excité comme une pucelle (excusez le terme)

A 5h je me lève me prépare. Je pars déjeuner avec Jyjy, Fab, Gabin et Lionel. Ghaîs et Youssef dorment encore.

Je décide de ne rien changer à mes habitudes et de prendre le même petit déjeuner que d’habitude : charcuterie bière vin rouge Hareng saur : non je déconne !!

Mon petit déjeuner est un secret : EPO auto transfusion amphétamines… Non là aussi je déconne.

L’heure du départ sonne. Nous partons en direction du géant de Provence : même pas peur !! grrrrr !

Au bout d’une heure de moulinage en guise d’échauffement nous arrivons à Bédoin et tout de suite je me rends compte que les jambes répondent bien et comme d’habitude je suis trop généreux et pars un peu vite. Les premières rampes se passent relativement bien et comme je ne vois pas les pourcentages sur les bornes avec mes lunettes de vélo je décide de mettre mes lunettes de vue. Et là je fais tombé mes lunettes. Je m’arrête et Jyjy Gabin Fabrice et Lionel prennent un peu leurs distances. Je fais l’effort pour revenir.

La montée continue et je décide alors de progresser prudemment. Jean-Yves et Gabin partent devant à leur rythme et Fabrice et Lionel lachent un peu du terrain.

Arrivée au chalet Reynard je vois Fabrice et Lionel revenir sur moi. Un cycliste avec le maillot à pois repart avec nous. Il nous dit que c’est sa 796e montée ! Incroyable !

A la vue de ses mollets j’essaye même pas de m’accrocher. Fabrice le suit.

Nous restons avec Lionel et continuons notre bonhomme de chemin. Les 2 derniers kilomètres, si durs arrivent ! Je commence à avoir les jambes un peu lourdes.

Nous arrivons en haut où Jean Jean et Gabin nous attendent depuis 5 minutes et où Fabrice est là depuis 1 minute. Nous retrouvons également nos petites femmes qui nous ont monté le ravitaillement. Que ça fait du bien !

Nous nous regardons avec Fabrice et sans rien nous dire nous comprenons. Je connais bien ce regard mon Fab : il veut dire « ça va être dur et compliqué » car nous connaissons la deuxième montée côté Malaucène et nous ne l’aimons pas. Mais il faut y aller.

Lionel décide de nous attendre au sommet. Il nous accompagnera tout au long de la dernière montée et sera d’une précieuse aide.

Nous faisons donc cette descente vertigineuse sur une route que je n’aime pas.

Arrivée en bas une envie de faire caca me prend. Et oui ça me prend comme une envie de chier !!

Un gros merci à l’auto-école de Malaucène pour le prêt de ses toilettes, très sympa et spacieuses.

Du coup le Fab m’emboîte le pas. Le gars a dû halluciner.

L’heure de départ vers les sommets arrive.

Je connais cette montée et ses rampes irrégulières à plus de 12 % ainsi que ses 4 km avant la station à 12 % de moyenne également !

Je laisse donc Jean-Yves et Gabin, bien meilleur grimpeur que moi partirent devant. Ils me mettront plus de 40’ dans la vue sur cette seule montée de 21km. Fabrice part également devant et je suis à 500m environ. Ecart qui restera ainsi tout au long de la montée.

Je fais une montée régulière mais dépasse rarement les 10km/h.

Je décide de monter jusqu’à la station et de faire une pause alors. Lionel avant de redescendre m’a dit de l’appeler une fois que je serai arrivé à la station. Arrivé à Mont Serein j’ai encore des jambes !! Je décide alors de continuer, j’appellerai Lionel dans un kilomètre. Malheureusement le petit coup de cul à la sortie de la station, après le virage en épingle à raison de mes quadri : j’ai une crampe de chaque côté. Pourtant je n’ai pas lésiné sur le ravitaillement ! Je m’arrête donc, appelle Lionel, bois et mange.

Je repars et croise Lionel venu à ma rencontre à trois kilomètres du sommet, au moment où j’aperçois d’ailleurs ce sommet. Il me dit alors que Fabrice est arrêté 1km plus haut et est dans le même état que moi. Je verrai plus tard qu’il est même pire puisque victime d’une hypoglycémie qui l’obligera à stopper après la deuxième montée. Quelle déception pour lui après tous ces mois de préparation !! On le refera mon Fab !!

Le deux derniers kilomètres sont très durs pour moi, mais le paysage est tellement beau (surtout le paysage hollandaise à 1km du sommet: n’est-ce pas Lionel!!) que j’oublie presque les douleurs. Un dernier virage et voila le sommet.

A ce moment là je décide de faire une pause restauration de 15 minutes bénéfique.

J’ai retrouvé mon Ghaïs et son papa Youssef qui nous motivent.

Fabrice ne peut malheureusement pas repartir : trop risqué surtout en descente.

Gabin hésite ! Je le motive et réussi à le décider à repartir des doutes plein la tête.

Nous repartons donc Lionel Gabin et moi, derrière Youssef parti 10 minutes avant, et sous les encouragements de nos douces petites femmes.

Nous croisons Jean Yves toujours aussi impressionnant : une machine !!, puis Youssef qui nous dit : « de toute façon on va se revoir vous allez me doubler »

Mais bien sur Youssef : je sens bien mes jambes prêtes à faire un effort (ironie bien sur) Au final c’est moi qui est eu raison car je ne le reverrai qu’en haut !

Nous arrivons à Sault. Typique village provençal. Je me sens bien.

Nous repartons. Très vite Gabin prend les devants. Nous avons vent de face mais progressons bien.

A mi pente nous faisons une pause pipi. Je prends alors une crampe dans chaque ischio. Lionel rigole !! Sympa !! Il en profite pour prendre des photo alors que je me roule par terre.

Une fois les crampes dissipées let’s go.

Et là les jambes reviennent. Nous arrivons vite au chalet Reynard nous prenons de l’eau. Je suis content car j’ai des bonnes sensations. Nous faisons 3 km plus je m’approche du sommet et plus je sens l’émotion montée. Je me souviens des 4 raisons qui font que je suis là ! Et là d’un coup plus de jus plus de force. Je dis à Lionel que je n’y arriverai pas. Et toujours patient il trouve les mots pour me remettre en selle. Je repars, fais 1,5 km gros vent dans le nez pour arriver vers la stèle Simpson ou celle d’après et m’arrête encore 5 bonnes ce qui inquiète ma douce et Dominique la petite femme de Lionel. Mon état inquiète également un cycliste et un automobiliste. Alors je me dis :

« Stef 1,5 km punaise 1,5 km et tu y es » J’ai le visage de ma petite Océane devant moi qui galère tous les jours. j’ai le visage de mes fils qui galèrent tout autant face à notre situation familiale et qui gèrent.

J’ai les mots de Kenzo dans ma tête, ceux de mon collègue. Je me remémore aussi ce panneau sur le parcours annonçant que des résistants avaient été fusillés à cet endroit. Et ça, ça me redonne le peu de force qui me manquait pour arriver en haut. Je finis les quelques kilomètres qui me séparent du sommet. Les derniers mètres je ne peux contenir mes larmes tellement je suis émus par tant d’efforts mais surtout par tant d’années de douleurs contenues. Je suis accompagné de Lionel, Fabrice et Jean-Yves venus à ma rencontre, je m’allonge par terre pour récupérer. Et quand je me relève je tombe dans les bras de Lionel, puis Jean-Yves et Fabrice et je pleure. Je pense à ma fille.

Ma petite Océane, mon grand Kenzo, mon champion Erwan ma chère et douce Chala, tout ça c’est pour vous. Et voila je pleure encore.

Merci à vous tous pour vos soutiens tant financiers que moraux merci de m’avoir lu.

A bientôt pour de nouvelle aventures encore plus folles !!

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